Editorial
janvier 2012 - Un tournant pour la zone Euro
2011, une année marquée par l’aggravation de la crise des dettes souveraines
L’année 2011 fut particulièrement difficile et volatile sur les marchés qui ont vu se concrétiser de nombreux facteurs de risque mis en évidences par les analystes en début d’année : risque de contagion de la crise des dettes souveraines (Italie / Espagne), risque de retour en récession (ralentissement économique mondial), risque géopolitique (printemps arabe), risque lié aux catastrophes naturelles exceptionnelles (tsunami et accident nucléaire au Japon).
Ainsi, après un premier semestre 2011 relativement positif pour les marchés, la situation s’est brusquement dégradée durant l’été sur fonds de ralentissement économique et de retour des inquiétudes à propos des obligations souveraines des pays périphériques de la zone euro.
La forte hausse des matières premières et les perturbations dans les chaines de production liées aux catastrophes au Japon ont conduit à une dégradation rapide de l’activité économique mondiale. Ce ralentissement fut d’autant plus marqué pour les pays européens compte tenu de la surévaluation de l’Euro pénalisant fortement les exportations et conduisant les investisseurs à remettre en question leurs perspectives de croissance à moyen terme et donc leurs capacités à faire face au remboursement de leurs dettes.
Il faut en fait remonter à octobre 2010 et au sommet Européen de Deauville pour trouver l’origine de la crise actuelle sur les dettes souveraines, quand a été évoqué pour la première fois une mise à contribution « volontaire » des créanciers privés dans la restructuration de la dette grecque. Ainsi, le 21 Juillet 2011 les créanciers se sont mis d’accord sur un abandon de créance de 21% sur la dette grecque, ouvrant la porte à une contagion aux autres pays périphériques de la zone euro tels que l’Italie et l’Espagne, qui ont vu leurs taux atteindre des niveaux difficilement soutenables sur le long terme.
Cette décision a fait prendre conscience aux investisseurs que les dettes souveraines des pays de la zone euro, qu’ils considéraient jusqu’alors comme des actifs sans risque, pouvaient en fait être susceptibles de faire défaut. Ce sentiment a par ailleurs été exacerbé par la perte quasi-simultanée du triple A des Etats-Unis, montrant que même l’actif considéré jusqu’alors comme le plus sûr pouvait être fragilisé.
Cette situation a particulièrement affecté les banques européennes fortement détentrices de dettes souveraines et devant en parallèle faire face aux exigences renforcées de la réglementation Bale III concernant les niveaux minimum de fonds propres. Cela a mené à une quasi-extinction du crédit interbancaire et à l’émergence de la menace d’un credit crunch qui aurait des conséquences dramatiques sur l’activité économique européenne. La situation s’est toutefois apaisée en fin d’année avec la décision importante de la BCE de fournir aux banques des financements à trois ans pour des montants illimités montrant ainsi sa volonté de jouer son rôle de préteur en dernier ressort pour ce secteur, à défaut de la faire pour les états européens.
De nombreux défis à surmonter en 2012
La résolution de la crise en zone euro restera le thème principal d’une année 2012 qui se révélera déterminante quant à l’orientation de l’activité mondiale pour les années à venir.
L’Europe sera confrontée à quatre défis majeurs: retrouver le chemin de la croissance, assurer le refinancement des dettes souveraines, adopter des réformes fiscales et budgétaires harmonisées et assurer une restructuration ordonnée de la dette grecque.
Il conviendra pour les gouvernements européens de ne plus organiser des « sommets de la dernière chance » sous la pression des marchés financiers, mais d’agir de manière proactive en profitant des accalmies pour annoncer des mesures supplémentaires. Il faudra pour cela mettre rapidement en œuvre les réformes budgétaires et fiscales promises lors du sommet européen du 9 décembre 2011.
Les marchés devraient rester volatils au premier semestre 2012 avec un agenda politique chargé, un nombre important d’émissions obligataires de pays périphériques (notamment Italiennes et Espagnoles) et la perte probable du AAA de la France et donc par ricochet du FESF. Cependant, la bonne surprise pourrait venir de la baisse actuelle de l’euro qui favorise les sociétés exportatrices et pourrait permettre aux pays « core » de la zone euro d’éviter l’entrée en récession et aux pays périphériques de faciliter le redémarrage de leurs activités.
Le marché dispose de plusieurs facteurs de soutien pouvant laisser espérer un rebond en cas d’évolution positive de la situation politique et économique : valorisations historiquement attractives, taux proches de zéro, pessimisme extrême des marchés et sous-pondération des investisseurs en actifs risqués Par ailleurs, le soutien inconditionnel de la BCE vis-à-vis des banques européennes et le volontarisme affiché par son nouveau président Mario Draghi, pourraient redonner confiance au marché concernant la situation en zone euro en éloignant le spectre de son éclatement.
Ainsi, le potentiel de revalorisation pourrait être important compte tenu de la baisse des primes de risque qui en découlerait et du retour des investisseurs étrangers vers des marchés européens qu’ils ont totalement délaissé au deuxième semestre 2011. Il conviendra néanmoins de suivre attentivement les nouvelles sur le front macro-économique, notamment sur les résultats des émissions obligataires souveraines, en se repositionnant progressivement sur les classes d’actifs risquées afin de lisser l’impact de la volatilité des marchés.
Archives
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juin 2011 - Small & Mid Caps - Les raisons de leur surperformance structurelle
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octobre 2010 - Vers un rallye de fin d'année ?
juin 2010 - Entre risque souverain et rebond cyclique
mars 2010 - Un début d'année agité
novembre 2009 - Le retour en force des Fusions/Acquisitions
août 2009 - Le retour en grâce des actions
